Oubliez les idées reçues. Choisir des graines de gazon, ce n’est pas moins subtil que de sélectionner un pommier ou une variété de pomme de terre. Oui, même dans le monde de la pelouse, il existe une diversité insoupçonnée, parfois négligée. Bien réfléchir avant de semer, c’est s’offrir un tapis vert qui tiendra la distance, saison après saison.
Le vrai engouement pour les mélanges spécifiques de graines de gazon n’est apparu qu’après la Première Guerre mondiale. Pendant des décennies, on utilisait surtout des variétés destinées aux pâturages, faute d’autre chose. Ce n’est qu’à partir des années 1990 qu’on a vu émerger des variétés de graminées créées spécialement pour les pelouses. Depuis, la sélection s’est raffinée.
Les variétés actuelles se distinguent par leur faible hauteur, leurs feuilles fines, une croissance ralentie et une densité accrue. À cela s’ajoutent une résilience face à la sécheresse, aux fortes chaleurs, au piétinement ou encore au gel. Autre atout : une palette de verts, du plus tendre au plus profond, selon l’espèce choisie.
Regardez les différences de teinte entre les variétés de pâturin des prés : un éventail du vert pâle jusqu’au vert sombre, notamment chez certaines variétés américaines. De quoi composer une pelouse à sa mesure, à condition de ne pas mélanger au hasard. Attention, une association mal pensée de graminées (largeur de feuille ou couleur différentes) peut donner un résultat peu homogène, même si chaque variété est de qualité.
Pourquoi les meilleures variétés coûtent plus cher
Sur le marché, que ce soit en France ou à l’étranger, la plupart des mélanges proposés sont constitués de variétés bas de gamme. La raison : le prix. Les variétés de pointe coûtent davantage à produire et à multiplier, ce qui se répercute sur le prix au kilo. Les nouvelles variétés, plus performantes, impliquent des frais de sélection, de redevances, et donnent souvent un rendement inférieur à l’hectare.
La différence de coût entre une variété standard et une variété haut de gamme peut grimper à plus de 100 %. Pourtant, dans l’ensemble, la dépense liée à l’achat de semences reste modeste par rapport à tout ce qui entoure la création d’une pelouse : préparation du terrain, nivellement, apport de substrat, fertilisation, installation d’arrosage ou de drainage, puis entretien régulier.
Voici ce que permet une sélection rigoureuse de graminées :
- Diminuer le risque de devoir refaire la pelouse trop tôt, après une sécheresse ou une maladie
- Réduire les besoins en arrosage, en tontes répétées, et le volume de résidus à évacuer
Ici, on voit côte à côte une ancienne variété de ray-grass (à gauche) et une lignée récemment sélectionnée. La différence saute aux yeux.
L’objectif : moins de pousse, moins de corvée
Qui ne rêve pas d’une pelouse qui exige moins de passages de tondeuse ? Selon la variété, la croissance des feuilles de ray-grass peut varier de 1 à 8 mm par jour, sous les mêmes conditions. Plus une variété a été améliorée récemment, plus elle offre de bénéfices visibles.
Pour une petite pelouse, un léger échec ou une croissance rapide n’est pas dramatique. Mais pour un terrain de plusieurs centaines de mètres carrés, il vaut mieux se tourner vers un vendeur spécialisé ou directement vers des obtenteurs pour obtenir des conseils adaptés à la surface et à l’usage envisagé.
Le gazon en rouleau, gage de qualité
Opter pour du gazon en plaques pré-cultivées simplifie la question du choix variétal. Les producteurs ne peuvent pas se permettre de semer des graminées bas de gamme : pendant 16 à 24 mois, ils doivent tondre, fertiliser et bichonner ces tapis, souvent sur des hectares. L’investissement dans des semences de qualité s’amortit sur la durée et garantit un résultat impeccable.
Comment réduire le budget sans sacrifier la qualité
Pour limiter la dépense en graines, il vaut mieux semer moins, mais mieux. Avec une préparation soignée et des soins adaptés, 12 à 15 g/m² suffisent, loin des 30 à 40 g/m² parfois conseillés à tort.
- Un semis trop dense donne un résultat rapide, mais les plantes, trop serrées, manquent d’air et d’espace. Résultat : plus de maladies, un affaiblissement général et un gazon qui ne tient pas sur la durée. Il faut savoir patienter !
- L’autre piège, c’est de favoriser les espèces à pousse rapide (comme certains ray-grass) qui risquent d’étouffer les pousses plus lentes, alors même que le mélange avait été pensé pour la diversité. L’idéal reste d’associer plusieurs variétés d’une même espèce, pour équilibrer forces et faiblesses.
Méfiez-vous des sachets bon marché vendus en grande surface : le prix y prime sur la fraîcheur, la germination ou la pureté. Souvent, ce sont d’anciennes variétés, à la limite des normes minimales.
Exemple concret : sur cette photo, une expérimentation de différentes variétés sur une station de sélection anglaise. Les écarts de résultat sont frappants.
Gare aux mélanges trompeurs
Évitez d’acheter des graines de gazon récréatif ou ornemental qui contiennent du ray-grass d’Italie (aussi appelé ray-grass annuel ou multiflore). Ce type de graminée pousse très vite, coûte peu, verdit rapidement, mais ses défauts sont nombreux : feuilles larges, couleur pâle, croissance excessive et moindre résistance. Sa présence peut gêner le développement des autres variétés, et il laisse souvent des trous béants la saison suivante.
- Ce ray-grass a tout de même une utilité : il s’utilise pour verdir rapidement une zone à usage provisoire, ou pour fixer un sol contre l’érosion, mais il ne s’agit alors pas d’obtenir un gazon ornemental.
Vérifiez la composition du mélange
Les fournisseurs sérieux, notamment ceux qui s’adressent aux professionnels (mais accessibles à tous), affichent une pureté de semence supérieure à la norme, ce qui explique souvent un prix un peu plus élevé.
Sur chaque emballage, la composition doit être indiquée, avec la part de chaque variété. Les critères de pureté et de germination sont réglementés, mais les tolérances laissent parfois passer un nombre inquiétant de graines d’adventices.
Prenez le temps de choisir vos graines avec soin. Quelques minutes de vigilance évitent des années de regrets, des maladies persistantes ou un gazon à refaire trop vite. Mieux vaut prévenir que devoir tout recommencer.
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