En France, la vente de bleuets sur la voie publique le 11 novembre bénéficie d’une tolérance spécifique, héritée de traditions remontant à la Première Guerre mondiale. Cette fleur, pourtant absente des champs de batailles britanniques où le coquelicot s’est imposé, a pris une place à part dans les commémorations nationales.
La collecte de fonds associée à ce symbole s’organise selon des règles précises, distinctes de celles appliquées à d’autres insignes mémoriels. Son histoire, sa signification et son ancrage dans la culture collective témoignent d’un choix mémoriel unique, souvent méconnu hors des frontières françaises.
Le bleuet de France, une fleur née de l’histoire
Le bleuet de France ne se contente pas d’un simple rôle décoratif dans l’histoire nationale. Il incarne la ténacité et le courage des combattants de la Première Guerre mondiale. À l’époque, on appelait « bleuets » les jeunes soldats en uniforme bleu horizon qui arrivaient au front. En 1916, Charlotte Malleterre et Suzanne Leenhardt, infirmières à l’hôpital militaire des Invalides, organisent un atelier où l’on confectionne des bleuets en tissu. Le but ? Offrir aux soldats blessés une activité valorisante et rémunérée, tout en perpétuant la mémoire de ceux tombés au combat.
La fleur ne tarde pas à devenir le symbole national du souvenir. L’œuvre nationale du Bleuet de France prend forme, portée par l’office national des combattants et des victimes de guerre. Sa mission : venir en aide à celles et ceux que la guerre a marqués à jamais, mutilés, veuves, pupilles et orphelins, et entretenir la mémoire collective des sacrifices consentis. Peu à peu, le bleuet s’impose lors des cérémonies du 11 novembre et du 8 mai.
Avec le centenaire du Bleuet de France, l’attachement à ce symbole s’est renforcé. Chaque année, des bénévoles sillonnent les cérémonies, bleuet à la main. Leur présence discrète rappelle que la mémoire n’est pas une affaire révolue, mais un fil vivant qui traverse la société française.
Pourquoi le bleuet incarne la mémoire du 11 novembre ?
Si le bleuet occupe une telle place lors des commémorations du 11 novembre, ce n’est pas un hasard. Sa teinte douce contraste avec le granit des monuments et la solennité des uniformes, apportant une touche d’humanité au recueillement collectif. Depuis 1922, cette fleur du souvenir accompagne la mémoire des combattants victimes de la Grande Guerre, mais aussi de tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté.
Chaque 11 novembre, sous l’arc de triomphe, la cérémonie rassemble une foule silencieuse autour de la flamme du souvenir et de la tombe du soldat inconnu. Le président de la République, Emmanuel Macron, arbore le bleuet à la boutonnière. Ce geste, partagé par les représentants de l’office national des combattants et par la jeunesse venue honorer la mémoire nationale, donne tout son sens à la cérémonie.
La collecte organisée par l’œuvre nationale du Bleuet de France permet de financer plusieurs actions concrètes :
- Accompagnement des victimes de guerre et de terrorisme,
- Soutien aux familles endeuillées,
- Projets éducatifs pour transmettre la mémoire aux élèves.
Par la puissance de son symbole et sa simplicité, le bleuet rassemble autour de valeurs de paix, de solidarité et de gratitude. À chaque fleur portée ou déposée, la France réaffirme sa volonté de garder vive la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour elle.
Bleuet ou coquelicot : quelles différences de symboles et de traditions ?
Si l’on regarde de près, le bleuet en France et le coquelicot dans les pays du Commonwealth jouent des rôles comparables, tout en racontant chacun une histoire bien distincte. Le bleuet, silhouette discrète, s’est imposé comme fleur du souvenir nationale dès la Première Guerre mondiale. Il évoque la persistance de la vie dans la boue des tranchées, là où quelques bleuets parvenaient à pousser malgré la dévastation.
Le coquelicot, symbole incontournable dans les champs de Flandre, doit beaucoup au poème « In Flanders Fields » de John McCrae. Cette fleur rouge, omniprésente sur les tombes britanniques et du Commonwealth, rappelle le sang versé et l’engagement des combattants.
Voici comment ces deux fleurs s’expriment dans les traditions commémoratives :
- En France, le bleuet se porte en boutonnière lors des commémorations du 11 novembre.
- Au Royaume-Uni, le coquelicot orne les vestes à l’occasion du « Remembrance Day », chaque 11 novembre.
Porter le bleuet, c’est soutenir l’œuvre nationale du Bleuet de France et participer au financement de l’aide aux victimes de guerre, tout en perpétuant la mémoire collective. De l’autre côté de la Manche, la vente du coquelicot rouge fait vivre la « Royal British Legion ». Deux emblèmes, deux rituels, mais la même volonté partagée : rendre hommage aux morts et aux survivants de la Première Guerre mondiale.
Préserver la mémoire collective grâce aux fleurs du souvenir
Chaque 11 novembre, les fleurs du souvenir se dressent sur les places publiques et les monuments aux morts. Le bleuet et le coquelicot s’affichent, chacun à leur manière, comme des marques de respect envers les victimes de guerre et des rappels à l’importance de la paix.
Choisi par la France depuis la Première Guerre mondiale, le bleuet a pris racine dans le paysage commémoratif. Il porte la mémoire des combattants, l’engagement des familles, l’action de l’œuvre nationale du Bleuet de France auprès des blessés, orphelins et tous ceux que les conflits, anciens ou récents, n’ont pas épargnés.
Transmettre la mémoire collective ne se limite pas à un acte symbolique. À l’école, devant les stèles, lors des cérémonies, déposer une fleur ou accrocher un bleuet à sa veste, c’est inscrire dans le présent les noms gravés dans la pierre, se souvenir des épreuves de la Seconde Guerre mondiale et des tragédies plus récentes, qu’il s’agisse d’opérations de maintien de la paix ou d’attaques terroristes.
Plusieurs gestes concrets s’inscrivent dans cette dynamique :
- Participer à la collecte annuelle pour le bleuet de France contribue au travail de mémoire.
- Le coquelicot, symbole partagé avec le Royaume-Uni et le Commonwealth, élargit la portée de l’hommage.
Les fleurs du souvenir tissent un lien entre générations. D’une année à l’autre, elles rappellent que la paix mérite d’être entretenue, et que le souvenir se glisse jusque dans la simplicité d’une corolle bleue ou rouge. À chaque boutonnière, à chaque tombe fleurie, persiste le fil invisible d’une mémoire collective qui façonne le présent et interroge l’avenir.


